Chronique du dimanche : La vie nous va si bien

Hôpital Charles LeMoyne. Vendredi 29. Arrivée 6h00 du matin.

mannequin

photo © Catherine Grieco

Dans la vie on se pose toujours beaucoup de questions. De nos petites angoisses du quotidien à nos grosses remises existentielles, le chemin semble souvent jonché d’embuches. Oh non ! Voilà que cette fois-ci encore la paix que nous pensions avoir atteinte n’était pas encore au RDV !mannequin de magasinmannequin-magasin

Cela semble d’autant plus vrai lorsque vous vivez dans une grande ville. Les lumières vous étourdissent, les centres commerciaux vous invitent constamment à vider votre porte-monnaie.  Le succès des uns  fait inévitablement le malheur des autres. Tout va très vite. Succès, projets, argent, mariages, séparations, échecs. Le jour, la nuit. La nuit, le jour. Lundi. Vendredi. Lundi. Janvier. Décembre. Janvier.


Premiers pas à l’hôpital

Pourtant, après avoir passé une journée à l’hôpital et fait partie de cette micro communauté qui parait si loin de notre ivresse quotidienne, on se rend compte à quel point le simple fait d’être en vie et en santé est une chance. Ce jour là, j’avais l’impression d’être projetée enfin dans la réalité de la vie. Qui est aussi celle de la mort.

Je contemplais mon avenir.

Dans une ville qui avance à un rythme effréné, où nos échéances de travail sont toujours hier, je me demandais combien de temps me restait-il à vivre ? Il y avait tant de choses que je n’avais pas encore accomplies. Voyager encore et encore. Acheter un appartement. Démarrer les projets qui me tiennent vraiment à cœur. Accueillir cette petite fille que je vois naître dans mes rêves. Redire à mes proches que je les aime. Payer mes dernières factures.

Par moment je me demandais si je ne vivais pas qu’à moitié ?

Un sage bouddhiste, dont le nom m’échappe aujourd’hui, avait dit en riant amicalement que les Hommes vivaient comme s’ils ne devaient jamais mourir. Pourtant, à deux pas de nos appartements de l’ile de Montréal, cette journée là…


L’orchestre de la vie et de la mort

… Une famille arrive bouleversée. Suivi des amis. Grands-parents. Frères. Sœurs. On se serre dans les bras. On console les plus sensibles. Une réunion d’amour est en train de se créer à la  suite d’un drame. Les petites rancœurs sont mises de côté. Mais tous sont là. On envoie un message texte entre deux accolades. On passe un appel entre deux gémissements.

Une jeune fille ce matin a eu un terrible accident de moto et doit être opérée en urgence. Je saurai plus tard par mon ami C. qu’elle était alors brisée de partout…

La vie puissance 10. C’est ce que mon cœur me dit. Le cœur puissance 1000.

Vers 18h, je descends prendre mon dernier café à la cafétéria du sous-sol et dans la salle de repas adjacente, des éclats de rire se font entendre. Le sourire me monte aux lèvres comme par contamination et, en arrivant à la caisse, la caissière me dit d’un air morose : « Ils sont bien heureux aujourd’hui. D’habitude les gens sont toujours tristes ici. »

J’ai eu si froid en entendant ses paroles que c’était comme si un courant d’air glacial était descendu dans mes os, mes viscères et même jusque dans mon âme.

Je repensais alors à nos petits bobos du quotidien. Ceux qui nous donnent l’impression de parfois manquer d’air alors qu’au fond, on respire parfaitement.

Nous n’avons pas besoin d’aller bien loin pour faire un pèlerinage et se rappeler à quel point la vie est belle. La vie, le premier de tous les cadeaux.

Et quand le désespoir nous ronge, quand l’angoisse s’empare de notre ventre, je pense souvent à cette phrase de Tolkien, citée par le magicien Gandalf en parlant de la peur. Elle est là, souvent injuste et difficile à porter « Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres… Mais ce n’est pas à eux de décider. Tout ce que nous devons décider, c’est que faire du temps qui nous  est imparti. » Dans ce cas, quel choix feriez-vous ? Que votre cœur vous dit-il ?

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